Depuis quelques mois, notre bigoterie s'est enrichie d un nouveau concept d'une noblesse trop ostensible pour être sincère...
C'est celle de nettoyer l'assiette avec méticulosité, jusqu'au dernier grain de couscous...
Vous les verrez y aller de la cuillère, ramassant avec une passion religieuse les résidus du plat, s'aidant parfois du doigt pour faire grimper le grain récalcitrant sur la cuillère racleuse... et il en est même qui vous essuie l'assiette d'une tranche de pain qu'il s'envoie derrière le col du kamis avant le rot final et la longue litanie de remerciements au Bon Dieu pour la ni3ma dont il aura effacé toute trace...
Il fut un temps pas très lointain où les bonnes convenances exigeaient qu'on n'aille pas au fond de l'assiette et qu'on laissât quelque relief pour montrer qu'on n'était tout de même pas des affamés et surtout pour faire comprendre à l'hôte qui nous avait reçus qu'il nous avait gavés à satiété, au point que nous n'avons pu terminer sa gracieuse offrande et c'est ainsi qu'on entendait souvent le maître des lieux passer entre les tables et exhorter ses convives à en rajouter: "yaou zid koul, kayen el khir !"... "lala wallah ghi el hamduuuuuuuuuuuuuuuuuuulllah !" lui répondait-on en se tapotant la panse et en montrant ce qui restait dans l'assiette...
Moi je vous avoue que ce cinéma des cuillères raclant les fonds d'assiettes ne me plait pas, mais alors pas du tout !
Et qu'on ne vienne pas me parler de gaspillage !... car ce ne sont pas quelques grains de couscous qui me feraient oublier les tas de pain et les restes des repas pantagruéliques qui remplissent nos poubelles...
Entre nous, je préfère la sobre tradition qui nous faisait embrasser le pain qui nous tombait des mains avant de le mettre sur un rebord de fenêtre pour que s'en repaissent les chats et les oiseaux de passage, à ce rituel ridicule auquel se plient des adultes moustachus en quête de grains de couscous comme le feraient des amateurs de pokemon tenant religieusement leurs smartphones et cherchant avec une lueur de passion idiote des petites bêtes dans la nature...
Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours en tête cette autre tradition qui nous imposait de laisser le dernier grain rattaché à l'épi quand, assis sous les oliviers, nous nous adonnions à ce patient plaisir de déburnousser les grains d'orge pour nous les mettre en bouche...
On disait alors que c'était une manière de remercier Dieu pour sa bonté que d'offrir le dernier grain à Ses fourmis...
Avec "Qawm koulouhoum" d'aujourd'hui, même les fourmis doivent faire les frais de notre bigoterie...
2016
Commentaires
Mess AdjouJe sais que mes enfants, En lisant, ce post vont se fondre en rire parce qu'ils m'ont vu affronter stoïquement pareille remarque et... sous mon toit svp !
Dalila BacheneBigoterie mise à part, ma maman a toujours bien raclé les assiettes surtout le couscous. Elle dit : ah si vous saviez la peine dd celle qui l'a roulé. Perso, je n'aime pas que mes invités laissent dans leurs assiettes pour me signifier ma générosité. Je n'y vois rien de positif. So I disagree 😉. Moi même si j'aime moyennement, nhattem 3and ennes.
Mohamed Adjouje n'aime pas le gaspillage moi aussi... mais je n'aime surtout pas que les qualités que tout homme normalement constitué doit avoir soient teintées de bigoterie...
Dalila BacheneLala ila blahseb hadek fhamtek c'est comme lors des préparatifs de fêtes, toutes za3ma lâchent tout pour la prière, posture
Mohamed AdjouDans nos campagnes, quand l'orge mûrit, on assiste à un rituel qui ponctue la vie villageoise durant des jours: celui de la "gouchayra"... Dans chaque groupe de discussion, à la place, sur la margelle de l'abreuvoir municipal, au stade, au café, sous les oliviers, partout ou peut se reposer un homme ou se rassembler deux villageois, on assiste aux mêmes gestes studieux et solennels... le déburnoussage des épis d'orge...pris entre le pouce et l'index, l'épi est débarrassé de son manteau avec une dextérité inimaginable pour des doigts si rustres devant un objet si petit et si délicat... l'apprentissage aidant, on peut même en déburnousser deux à la fois... les grains verts sont mangés l'un après l'autre dans un geste mécanique qui emporte la main vers la bouche sans
Mohamed NabiA table, les règles de bonne conduite doivent être respectées, notamment le fait de terminer son assiette parce qu'on s'est servi moyennement suivant un besoin contrôlé et non une envie . Je termine mon repas servi sans nettoyer l'assiette. Si j'éprouve le besoin d'un petit chouia , vivement le rabio
Mohamed AdjouBonsoir Si Mohamed... Terminer son assiette ne veut pas dire aller méticuleusement à la recherche de tout grain de couscous égaré sur les bords de ladite assiette...
Rachid Ait AbdelazizIl est apparu chez nous un islam différent de celui que m'ont apprit mes parents, le lien direct entre Dieu et sa créature sous la seule réserve de ne pas faire du mal à autrui. L'islam qui est pratiqué de nos jours est une religion d'apparence ( edhahira) montrer ostensiblement sa religiosité alors qu'en réalité, on y est loin. Il y a peu, au marché, un enfant a pris un fruit de la main gauche, l'adulte qui était en sa compagnie l'a rabroué en le forçant à le prendre de la droite, je suis intervenu pour lui signaler que Dieu l'a créé gaucher et qu'il ne fallait pas forcer sa nature, l'adulte me traita de mécréant.
Mohamed AdjouUne scène du même genre au marché de Boudouaou durant le dernier Ramadhan... un jeune vendeur de parfums en vaporise un soupçon sur un autre jeune homme... ce dernier fait un geste de recul brutal et crie: "wach bi Rabbek !!! bghit twekelli Ramdhane ?!!!.
Seddik Aicha Mounira"ramassant avec une passion religieuse les résidus du plat, s'aidant parfois du doigt pour faire grimper le grain récalcitrant sur la cuillère racleuse"' cela ressemble exactement à tes écris : on les lits avec passion en remontant le post pour voir s'il y'a pas une continuité :)
Samia BenidirTout a fait d'accord. Ma mère nous obligeait a finir ce qu'on avait dans l'assiette. Une assiette vide est comme celle sur votre photo, pas comme vous la décrivez.
Benmehidi SamiEncore heureux que l'on puisse ne pas être d'accord avec notre ami Mohamed Adjou sur tel ou tel sujet qu'il soulève. Lui-même, pour ce que je vois ici de lui, serait bien outré qu'on le prenne pour une sorte de gourou parfait ne souffrant aucune désobéissance !. Bref... Il y a donc l'art et la manière. Mohamed Adjou nous parle d'une énième et nouvelle "plaisanterie" bigote (parce que franchement, mêler le message du Créateur des Univers et de l'infini, à une sordide question de ramassage de grains de couscous (hacha l'Berboucha), faut vraiment avoir atteint les tréfonds de la pensée religieuse infantile). Donc, on peut parfaitement ne pas être d'accord, et discutailler amicalement sur le bien fondé ou pas de cette pratique ... "religieuse" ! Ok ! On peut même discuter sur les avantages ou pas (est c'est ce que fait aussi Mohamed Adjou) de la manière de se tenir à table, de la vaisselle, de Saint Frusquin, de Sidi Mokerfelless... Ok ! On peut tout discuter, en fait. Mais !.... Venir chez lui, et lui dire "qu'à force d'écrire, on finit par écrire n'importe quoi"... c'est au mieux, incroyablement impoli, au pire, et je pèse mes mots, une quasi insulte (pas besoin de mots obscènes, pour tenter de blesser un interlocuteur qui ne désire que débattre respectueusement). Voilà... Et comme je dis toujours (et cela a été dit plus haut), il existe un truc tout bête, tout facile, lorsqu'on ne supporte pas un écrit : PASSER SON CHEMIN.
Mohamed AdjouVous pouvez toujours être franche mais sans déplaire... c'est un exercice qui exige juste de la bonne éducation et vous ne devez pas en manquer...
Zine ElAbidine BenBadisJe suppose que de tels actes laissent entendre que ces commensaux (dans le sens du Moyen-Age tel que définissent l'Histoire les européens ) d'un nouveau type ont un comportement tracé par des vilenies et que par un curieux mélange du superstitieux à une foi des plus incertaines ils crapahutent autour d'une naama ou t3am ou berboucha selon le point géographique ;tels des guerriers dont la chute et l’élimination des grains s'apparente à se dépêcher pour laver leurs péchés du reste aussi nombreux que les grains du couscoussier.En dehors d'arrières pensées égoïstes que vu les circonstances actuelles que vous vivez ,mon education et le respect que j'ai pour vous m'interdisent de vous les citer .
Soraya ChiQuand je suis avec une amie salafiste à chaque mouvement à chaque respiration j'ai droit à cela ne se fait pas comme ça mais de la sorte selon essouna, des fois ça passe des fois elle m'énerve ! Sahit Mohamed Adjou
Wezna ArounVous devez vous estimer heureuse que vous ne soyez pas contaminée...
Redouane AssariC'est étonnant ce besoin de la nature humaine de se renouveler dans la bêtise avec une persévérance et une inventivité qui forcent presque... l'admiration.
Said HaddadiNoble tradition de laisser le dernier grain d'orge pour l'oiseau qui en aura besoin. Ce que nous disaient nos parents.
Leila PreurePar contre moi j ai appris de mon grand père que ce qu on laisse dans l assiette c est notre santé donc ils nous obligeait a tout finir par crainte d etre malade 😊 et je le fais avec mes enfants a ce jour. C etait aussi 1 manière de nous apprendre a ne rien jeter et que la nourriture est sacrée. Bonne journée
Fatiha BensemaneMagnifique. Tellement vrai. Et si bien dit (ecrit).
Less Wiglass..... Tout cela relève de la "théorie générale de l'accumulation sans effort" qui sous-tend cette espèce de "bigoterie de l'INPUT". Accumulation de grains de couscous, accumulation de gouttes de sauce traînant dans l'assiette, accumulation de hassanates sur le dos des autres par simple emmerdement du genre "tu ne devrais pas faire ceci ou tu devrais faire cela", etc, etc, etc ....
Et on attend toujours l'imam révolutionnaire de tendance "bigoterie OUTPUT" qui, tant qu'à faire, décréterait qu'on accumule plus de hassanates en veillant à la propreté de l'environnement, au dévouement envers les plus vulnérables et les plus démunis, au respect des plus anciens, à la bonne éducation de sa progéniture, à l'incitation à apprendre toujours plus, toutes choses faisant d'ailleurs l'objet de centaines de hadiths.
Il lui suffirait par exemple de décréter qu'on capitalise 100 fois plus de hassanates en ramassant un sac de plastique qui traîne qu'en raclant son assiette pour voir peut-être les paysages nettoyés.
Une façon de faire de la "comptabilité des hassanates" un outil pour le développement, le mieux-être et le mieux vivre ensemble.
Wezna ArounJe n'aimais pas "ces gens la" mais depuis qq semaines je les hais, j'ai decouvert vraiment leur vilenie et leur hypocrisie. Un parent qui a fait le hadj, qui ne rate pas salat etfedjr, avec barbe et qamis a ete capable de faire la pire mechancete qui soit, colporter des ragots qui ont porter prejudice a toute une famille. Que de la racaille "ces gens la"!!
Med Amok BoudaliL'index est appelé le "nettoyeur " d'assiette....
Mohamed Adjoule pouce est appelé "debbouz el guemla"...(la massue du pou) ... l'index "lah'ass el gas3a" (le lècheur d'assiette"... j'ai oublié les noms des autres doigts...
Addi HalimMohamed Adjou , merci beaucoup.....j' aurais aimé savoir la dénomination des autres doigts....hélas
Abderrachid Beggar-bMohamed AdjouAddi Halim , le majeur = touil bla khasla (long et sans importance) ,' l'annulaire = sba3-essekkyne (doigt du couteau ) et l'auriculaire= ""3azzi meskine""(le pauvre rouge gorge)
Abderrachid Beggar-bAddi Halim je t'en prie, je l'ai écrit il y a deux heures mais l'electricité a fait des siennes , le courant vient juste d'être rétabli
Fatiha BensemaneMohamed Adjou l'auriculaire : sghiwer meskine. L'annulaire: i ched essekkine. Le majeur : twil bla khasla. L'index : lahhess el gas3a. Le pouce : debbouz el guemla.
Nora AtmaniMohamed Adjou, dans l'ordre commençant par l'auriculaire: sghir ou 3akal , lebbass khouatem, kbir ou mahboul, lahhass la3ssoul, kattal lakmoul. Que de souvenirs ! 😁
Addi HalimAbderrachid Beggar-b , Inchallah ya rabbi, ma défunte grand-mère ne cessait plus de me les réciter, malheureusement je les ai carrément oubliés...
Ines HamidKeff errial, dhra3 el mizan, Lihiet eddis, fom erfiss, khanoufet echemma, djebhet essalat, w qalqoulet elhanat
Fazia HouaouraJe le fais encore... quand je trouve du pain parterre, je le ramasse, l'embrasse, le touche avec mon front et le mets sur un rebord. Une fois, un collègue (français) m'avait vue le faire, il m'a demandé la raison d'avoir fait ce geste, je lui ai dit pour que l'on ne marche pas dessus car le pain est sacré pour nous ( les algériens), mais en fait je ne savais pas pourquoi. Ma maman Allah yerhamha nous disait d'embrasser le pain même quand il nous tombait de la main, j'ai pris cette habitude depuis mon enfance. À travers ton post, je pense que min collègue devait me trouver ridicule. Je suis ridicule! Merci, Mohamed pour ce beau partage, je me suis, quelques parts, retrouvée dans ta description. Agréable journée!
le nom des doigts tels qu'on nous les disait en jouant à "tchiw tchiw yazidh(ou hazidh)": Auriculaire: mezzi mezzi meskine (petit petit meskine); l'annulaire : Sa3id oussakine; le majeur: telva el-lakhzine; l'index: mechah tarvouthin (traduction parfaite de lehhas el gass3ate); le pousse : adhebouz et-telkin (idem, même sens qu'en darja).
2 commentaires:
c'est tjrs un plaisir de vous lire,la religion de nos temps est dominée par le rituel et le gestuel au détriment de la foi.
le nom des doigts tels qu'on nous les disait en jouant à "tchiw tchiw yazidh(ou hazidh)": Auriculaire: mezzi mezzi meskine (petit petit meskine); l'annulaire : Sa3id oussakine; le majeur: telva el-lakhzine; l'index: mechah tarvouthin (traduction parfaite de lehhas el gass3ate); le pousse : adhebouz et-telkin (idem, même sens qu'en darja).
Enregistrer un commentaire