Mohamed Adjou

DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE VOUDRAIS DIRE AU SUJET DU DRAME VÉCU PAR NIHAL ET SA FAMILLE.
L'abominable crime commis sur l'innocente Nihal a suscité comme de bien entendu des milliers de réactions... stupeur, incompréhension, révolte, consternation, condamnation, solidarité mais aussi, et c'est regrettable, exploitation et manipulation...
J'ai mon mot à dire moi aussi, et je ne vais pas m'empêcher de le dire...
Sous prétexte d'indignation, certains ont, de manière très peu noble, exploité ce drame pour faire passer un message de bigoterie; j'en ai entendus qui n'ont pas hésité à mettre le crime sur le compte de "l'abandon" des "valeurs islamiques"... un abandon qu'ils sont les seuls à voir puisqu'il est visible à l’œil nu que c'est plutôt le contraire qui se produit dans notre société ou chaque jour des carcans présentés comme islamiques nous sont imposés, à tel point que le moindre de nos actes, la moindre de nos paroles sont aujourd'hui exécutés sous l'optique d'un bigotisme qui a fait de tout quidam un exégète en puissance et parfois un rédempteur qui se croit autorisé à user de persuasion musclée pour ramener les brebis que nous sommes devenues, vers le chemin d'une foi de pure ostentation...
Le drame est peut-être même né quelque part de cette conception wahhabisée de la foi qui autorise même la pédophilie et qui reconnaît et encourage les messes noires et la magie de même couleur au point où le charlatanisme est en voie de supplanter la psychiatrie près d'un siècle après Freud, et la médecine plus d'un siècle après Pasteur...
Au lieu d'incriminer la conception rétrograde de la religion dans le délitement des mœurs, l'abandon de la rationalité et le recours à toutes les formes d'obscurantisme, nos pieux défenseurs d'un autre âge de notre bonne foi, ajoutent de l'eau au moulin des prédicateurs de l'absurde en nous fustigeant pour nos maigres et innocents restes de désinvolture religieuse...
D'un autre côté, chauffés à blanc contre le pouvoir et ses instruments, d'aucuns ont aussi, sans aucune honte, exploité ce drame pour s'en prendre à l'autorité qui régit ce pays en l'accusant de laxisme, de complicité et de non assistance à enfance en danger...
Ce sont ces mêmes indignés devant le "laxisme" des services de sécurité qui, il n'y'a pas longtemps, ont tout fait pour que ces services quittent les lieux...
Et il faut leur reconnaître beaucoup d'imagination pour trouver matière à culpabiliser le "pouvoir-régime-système" dans ce meurtre commis intra-muros et loin de toute zone ou effet d'influence du dit pouvoir; mais, à la guerre comme à la guerre et les rhétoriciens du "pouvoir assassin" ne sont jamais à court d'idées quand il s'agit de découvrir des poux dans la tête chauve du régime...
Loin de la religion et de la politique, on a vu aussi de justes indignés dresser un tableau si sinistre de la situation de notre enfance au point qu'on aurait cru que nous surpasserions en pratiques pédophiles le Maroc et la Birmanie réunis...
Alors que rien n'indique, à ce jour que l'acte ait été commis par un "malade" et non exécuté froidement pour d'autres motifs que l'imbécile et criminelle jouissance pédophile, des appels hystériques ont commencé à fuser de partout et certains se sont même étonnés de voir que des parents puissent autoriser leurs fillettes à jouer à la marelle devant le pas de leurs portes avec tous les sadiques en puissance que nous sommes tous devenus, vieux jouisseurs salaces et jeunes chasseurs libidineux de proies faciles...
Les actes de pédophilie, malgré le silence qui les entoure, ne sont pourtant pas aussi nombreux que ceux qu'on déplore en Belgique, en France ou en Allemagne et cette hystérie est totalement disproportionnée même si la prudence est toujours de mise avec les enfants car un accident leur est vite arrivé, qu'il s'agisse d'une chute dans l'escalier ou d'un accident sur la route ou d'attouchements coupables...
Le drame d'un enfant martyrisée étant toujours insupportable, on a vu par ailleurs se mobiliser sous l'émotion de larges pans de la société pour formuler une exigence qui n'a pas lieu d'être: la réintroduction de la peine capitale pour les tueurs d'enfants... Comme si cette peine avait été abolie !...
D'aucuns qui n'ignorent pas que cette peine figure malheureusement toujours dans notre code pénal sont allés plus loin et ont formulé une autre revendication; celle de son application systématique pour les délits d'homicides volontaires sur enfants, sans mesurer la gravissime portée de cette revendication qui, de toute manière, ne peut être appliquée car il faudrait alors abolir l'un des principes sur lesquels repose la justice: celui du procès en bonne et due forme et de la reconnaissance du droit de tout accusé à se défendre.
D'autres encore ont exigé, dans une sorte d'appel au meurtre qui ne fera pas revivre les victimes, que les sentences de peine de mort soient exécutées contre les pédophiles et que la justice ne se contente pas de condamner pour condamner...
Il est toujours malaisé de défendre le droit à la vie de ceux qui sciemment l'ôtent à leurs semblables et je ne serais pas de ceux qui s'opposeront à l'exécution de ces débris de l'humanité qui osent attenter à la vie des innocents, même adultes... Mais je saurai raison garder pour dire que la solution ne se situe pas à ce niveau de vengeance de la société car la mort des assassins n'a jamais permis la fin des assassinats... Je signerai toutefois toute pétition qui exigerait que les enfants soient protégés des cas pathologiques et la pédophilie en est un, par l'enfermement à vie des coupables ou leur traitement, leur isolement et leur surveillance afin que soient évitées les récidives pour ceux qui auraient commis l'irréparable et que les pulsions de ceux qui y sont sujets soient réprimées à la première tentative ou avant si possible, afin qu'ils ne commettent pas l'irréparable...
Et une autre pétition pour criminaliser toutes les formes de sorcelleries, qu'elles aient un soubassement païen ou religieux et qu'elles usent des poils ou des ongles des personnes à envoûter ou désenvoûter ou des mains amputées et des os déterrés...
Je termine mon texte par ma compassion sincère, ma pleine solidarité et mes condoléances profondément attristées aux parents de la fillette martyre et à tous ceux qui ne feront jamais leur deuil de la mort de leurs enfants dans des circonstances aussi cruelles.
































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